I - introduction à cte vie

*
Il marche, la tête baissée, tout droit dans cette rue éclairée par le peu de soleil restant dans le ciel. Le bruit est silencieux, personne n'est dehors, ces petites maisons pauvres se tiennent debout comme une vielle femme attendant la mort patiemment. Et il marche, il marche, ses pas font à peine pétiller un son léger dans cette atmosphère vide.

Le jeu
ne homme se tient penché en avant, les mains dans les poches de son grand pull noir, les détails de sa figure cachés par la capuche de son habit. Ses pantalons, jeans foncés, un peu trop grands, semblent être traînés par ses jambes lentes. Il marche, il marche, monotone, silencieux, seul.

I
l arrive sous un vieil abri-bus dont personne ne s'en approche depuis des années. Des graffitis sombres recouvrent les murs sales, par terre des vieux papiers, ignorés depuis longtemps, et l'odeur habituelle.

L
e jeune homme ne s'assoit pas sur le banc de bois, il reste debout et se retourne, enlève sa capuche. Son visage révèle des yeux bleus clairs, une figure fine aux lèvres serrées. Ses cheveux noirs, tressés sur le côté, restent inaffectés par le brin de vent flottant en sa direction. Rien ne le défini à l'exception du fil coloré qu'il porte autour du cou, comme un détail inimportant mais toujours présent.

Un
grondement de tonnerre se fait entendre, lointain mais fort, attrapant l'attention du garçon qui fait quelques pas pour sortir de son enclos. Regardant le ciel, des éclairs apparaissent, allumants ses yeux pour en refléter une lame jaune dans sa pupille. Les gouttes se mettent à tomber violemment, le garçon ne rentre pas dans son abri mais demeure droit, concentré sur l'eau le couvrant lentement. Il ne cligne pas des yeux, observe le ciel aveuglement d'un regard perdu et fendant.

Après le deuxième coup de tonnerre, il se rapproche de l'abri et baisse la tête. Voyant l'eau coulant à ses pieds, réfléchissant lentement à la vie, il avance pour se poser sous l'abri, sur le béton trempé. Ses pantalons foncissent, son pull touchant le sol aussi. Il reste assis, seul, attendant le moment qui lui dira que la vie vaut plus que ça.
*

# Posté le samedi 31 mars 2007 15:30

Modifié le vendredi 27 avril 2007 20:13

II - "Tais-toi un moment, je fume"

- T'es qui toi ?

Le jeu
ne homme demanda un jeudi soir. Il était venu sous l'abribus, comme à son habitude, et fouillait dans son cartable gris, déchiré et dessiné dessus, à peine utilisable. Lorsqu'il aperçut une silhouette s'approcher de lui, il l'ignora. Mais une fois cette personne debout à ses côtés, immobile, il ne lâcha pas son sac des yeux et demanda d'une vois fatiguée :
-
T'es qui toi ?

- Sandr
a. répondit une voix d'adolescente.

Il continue
à chercher une cigarette dans son sac, elle doit être quelque part au fond. Concentré, il attend que la fille s'en aille. Mais celle-ci demande, à son tour :
- Et toi
?

- Moi, ch
ui qui ?

-
Ouais, t'es qui. répondit-elle immédiatement mais poliment.

Le garçon,
toujours fixant son sac, répondit simplement :
-
Kevin.

Sil
ence. Le seul bruit que l'on entend est ses mains, tripotant toujours ses affaires, toujours à chercher cette cigarette. Le peu de vent était pratiquement silencieux, et la silhouette de la fille demeure immobile.

-
T'es dans mon lycée. confirme-t-elle.

- Peut-ê
tre.

Un mom
ent de silence.

- Tu ch
erches quoi ? demande enfin la jeune demoiselle.

Kevin arrête son investigation et ne bouge pas. Enfin, il lève la tête et regarde droit devant lui, exaspéré. Tournant son attention vers interrogatrice, il dit :
- Tu
fais quoi là ?

Sand
ra le regarde, un peu vexée:
- Je m
e promène. J'ai pas le droit ?

- T
'as finis tes devoirs ?

S
andra baisse la tête un moment, impressionnée et menacée par cet être marginal. Mais elle change d'attitude et le confronte en rétorquant :
- Non, p
ourquoi ?

-
Une fille comme toi... répond Kevin, en haussant les épaules avec un soupir.

Sand
ra n'ose rien ajouter, et regarde ses pieds. Kevin recommence à chercher une cigarette dans son sac à dos et finalement décide de sortir toutes ses affaires en les balançant par terre pour trouver plus rapidement. Sandra reçoit presque un gros livre sur les pieds et s'exclame, par reflex :
- Eh ma
is fait gaffe !

- Oh tu m'parles pas comme ça ptite !

Sandr
a se tait une fois de plus et observe le jeune homme. Ses mouvements sont frustrés, et beaucoup plus rapides que lorsqu'elle est arrivée. Au début, il était calme, dans son petit monde. Elle l'a peut-être dérangé.

-
T'as quel âge ? Moi j'ai 16 ans.

- 17,
et qu'est-ce t'en a à foutre ?

- Dés
olé, je voulais juste savoir. finit-elle par marmonner.

.....
Kevin trouve enfin une cigarette et l'allume vite. Il la fume et semble avoir lâché toute une journée de labeur dans ce seul soupir. Il ferme les yeux et fume quelques derniers coups dans le silence. Sandra n'ose pas l'interrompre. Elle ne bouge même pas, de peur de le fâcher encore.

..
...Après ces quelques coups de fumée, Kevin s'assoit par terre, contre le mur. Il étale ses jambes droit devant lui, et pose la tête contre le mur. Sandra l'observe avec curiosité et finalement décide de s'asseoir à ses côtés. Lentement, elle se courbe et vérifie avec un coup d'½il que le sol n'est pas trop sale. Elle n'ose pas critiquer l'odeur, surtout, car cette dernière ne semble pas déranger Kevin. De plus, il se fâchera encore si elle protestait pour quoique ce soit.

.....Assis
e à côté du jeune homme, elle regarde devant elle, ne sachant quoi faire. Kevin ne tourne pas la tête mais ajoute en sa direction :
- Tu f
ous quoi là ?

- Je peux
m'asseoir ? demande-t-elle poliment, avec un peu de peur dans sa voix douce.

Le garçon s
oupire et n'ajoute rien. Finalement, il répond quand même :
-
Du moins que tu vas bien finir tes devoirs ce soir, ouais.

Et,
après un moment de silence qui rend Sandra mal à l'aise, il ajoute :
- U
ne bonne ptite fille comme toi.

Sa
ndra sent qu'il a un ton ironique, mais au moins cela veut dire qu'il sourit un peu, à l'intérieur. Même si c'est pour se moquer d'elle. Ceci lui donne un peu de courage, et elle sent l'adrénaline lui monter à la gorge lorsqu'elle ajoute :
- T
u me vois comme ça ?

-
Tais-toi un moment, je fume.

Sand
ra obéit à ses ordres. Commencent quelques longues minutes de silence, dans laquelle une voiture lointaine se fait à peine entendre. C'est la fin de la journée, il commence à faire nuit. Le sol est froid, maintenant, mais Sandra n'ose rien dire car Kevin semble si inaffecté par les circonstances. Le ciel vire au violet et bleu pour former une magnifique palette de couleurs froides peignant les nuages de romantisme. Sandra, admirant le paysage à travers les arbres à moitié morts, se penche vers Kevin et lui conseille :
- Regar
de le ciel, c'est trop beau.

Kevi
n ouvre les yeux et observe. Sans sourire, il réplique :
-
Tu devrais rentrer, ta maman va être fâchée.

Sand
ra regarde le sol, et trouve la force pour répondre à ses commentaires délicats :
-
Non, c'est plutôt mon père.

-
Ba rentre, alors.

La
jeune fille se lève et prend son cartable sur le dos. Lorsqu'elle revoit les affaires de Kevin éparpillées par terre, elle se penche pour en ramasser quelques unes. Mais dès que ses doigts effleurent un des livres, Kevin objecte :
- Laisse les bouquins, c'est pas important.

- Ok. accepte-t-elle.

Ell
e se tourne, prête à partir, mais trouve une autre, dernière question. Fronçant les sourcils de curiosité, elle demande :
-
Tu rentres pas, toi ?

-
J'rentrerai ptet, ouais. T'inquiète, vas-y, fous le camp. Ton père va gueuler.

San
dra acquiesce et tourne le dos. En partant en direction du ciel bleuté, elle murmure, juste assez fort pour que Kevin l'entende, « J'ai l'habitude, maintenant. » Le garçon ne réagit pas et repose sa tête contre le mur. Il allume une autre cigarette et fume, en soupirant silencieusement, les yeux fermés.

# Posté le mardi 03 avril 2007 19:53

Modifié le vendredi 27 avril 2007 20:14

III - "T'étais pas à l'école aujourd'hui"


Vendredi, la journée est fraîche. Le soir tombe, il est 6 heures. Kevin, debout devant l'abribus, se retourne pour faire face à la rue. Il lève la tête lorsqu'une silhouette s'approche. Les yeux fermés, il la baisse. L'ombre, maintenant à côté de lui, sourit dans le vent frais.

-
Encore toi. constate Kevin.

-
Ouais. répond-t-elle.

Un poi
ds lourd se fait entendre vers le jeune homme. La silhouette n'a pas bougé, mais elle a laissé tomber son sac à ses côtés.
Kevin ouvr
e les yeux et regarde la jeune fille. Ses yeux bleus pétillent un peu, juste assez pour qu'une vielle étoile allume la mer.

- Sandra,
c'est ça ?

-
Ouais. sourit-elle.

Kevin ne
lui sourit pas, elle ferme donc les lèvres, déçue. Un petit moment de silence se passe avant qu'elle s'approche du garçon, regardant ses pieds.

- T'
étais pas à l'école aujourd'hui.

-
Ah bon ? soupire-t-il.

Sa
ndra se tient maintenant tout près de lui. « Mm » répond-t-elle. Elle est assez proche pour sentir son odeur. Une odeur froide, sans parfum, mais pas sale. Juste une odeur d'hiver, de vent violent. Discrètement, elle inspire un peu d'air en fermant les yeux doucement, juste pour sentir cette rigueur lui transpercer la peau et la faire chavirer.

L
orsqu'elle rouvre les yeux, elle baisse la tête et regarde le sac du garçon par terre. Prenant son courage et profitant de l'humeur pas trop mauvaise de Kevin, elle ose demander :

-
Pourquoi ?

Sil
ence. Kevinve la tête et la regarde. Ses petits yeux semblent s'éteindre de plus en plus vite. Avec une voix rauque, il demande :

-
Pourquoi j'y étais pas ?

S
andra regarde le sol sale et réplique, en haussant les épaules :

-
Ouais.

K
evin tourne la tête de l'autre côté, comme en ignorant la jeune fille. Il écoute le silence un moment et répond, en tournant tout son corps en sa direction :

-
Pourquoi, tu m'as cherché ?

- Non. répond Sandra avec un sourire. Mais enfin, je t'ai pas vu.

Kevin n
e dit rien mais ne la lâche pas des yeux.

- T
u m'as pas vu ? demande-t-il.

-
Ba non.

Il
retourne la tête pour montrer son profile à Sandra. Regardant droit devant lui, à cet horizon de murs et d'arbres, de nature morte depuis longtemps, il répond :

-
J'ai pas l'droit.

San
dra n'ajoute rien. Elle se tait, mais Kevin entend sa curiosité tout de même. Il la regarde et sourit en ajoutant :

-
Tu veux savoir c'que j'ai foutu pour être renvoyé ?

San
dra, secrètement soulagé de sa volonté de parler, murmure un « Mm ? » en sa direction. Kevin regarde devant lui, comme Sandra, et dit :

- J'ai
vendu d'l'alcool. Sur le campus.

Silenc
e.

- J'ai pas
l'droit d'me faire d'la tune, apparemment. ajoute-il.

- Ah... oui.

San
dra, ne savant quoi répondre d'autre, reste immobile. Après quelques autres minutes de silence, elle se retourne et se penche pour prendre son sac. « J'y vais » dit-elle simplement. Kevin ne tourne pas la tête. Ces murs gris semblent l'hypnotiser. Pourtant sa passion semble s'être échappée autre part.
Sandra
commence à marcher mais s'arrête. Se retournant, elle demande :

-
Tu reviens quand ?

K
evin tourne lentement la tête vers elle, avec un sourire ironique. Il va vers son sac et penche misérablement le dos, mollement, épuisé. Le posant sur le mur de l'abribus, il commence à chercher une cigarette. Gardant les yeux fixés sur ce trou noir rempli de livres jamais utilisés, simplement chirés et foutus en l'air, il répond enfin :

-
3 semaines.

- Et
là c'est la fin de ta première ? ajoute-elle sans oser le regarder maintenant.

- Ouais. répond-t-il d'une voix éraillée.

Sa
ndra hoche de la tête subtilement et repart sur son chemin. Elle regarde le sol lorsqu'elle marche, silencieuse, réfléchissant à des battements de coeur qu'elle ne connaît pas. Elle ne se retourne pas pour Kevin, elle ne quitte pas le sol des yeux. Cette rue grise, multicolore de gris, différentes couleurs et différentes marques, griffures de voiture, originalité laide, elle ne lâche pas cette rue des yeux fatigués.

K
evin fume sans rien dire non plus. Le regard par terre, il observe le même sol que Sandra, le sol tatoué dans sa tête comme un fond dcran noir et une musique insupportable dont on a l'habitude depuis si longtemps...

# Posté le vendredi 27 avril 2007 20:05

Modifié le samedi 12 mai 2007 18:30

IV - "Je sais que je n'appartient pas ici..."

Samedi après-midi, il n'y a pas un brin de vent. Sandra regarde par la fenêtre, ce paysage desc de vie. Trois minutes plus tard la voidehors, la tête baissée, immobile. Elle lève la tête et commence a marcher tout droit. Elle ne se promène pas ; elle sait elle va. La raison, elle ne la connaît pas, elle ne la cherche pas. Ses pensées vagabondent et la guident inconsciemment. Ses yeux regardent droit devant, mais tout semble flou, elle n'y fait pas attention. Elle ne réalise peut-être même pas.

Lorsqu'un bruit de moteur se fait entendre au loin, Sandra cligne et prend conscience d' elle est. Perdue, elle penche la tête. Elle ferme les yeux un moment, ses sourcils se froncent, que s'est-il pas ces dix dernières minutes ? Levant son visage à nouveau, elle voit l'abribus à quelques mètres. Elle s'y approche lentement, de la même marche monotone qu'elle fait d'habitude.

Se rapprochant de l'endroit, elle n'entend aucun bruit. Il n'y a personne. L'ombre au fond du trou est inquiétante, mais il fait plein jour, elle s'approche. D'une voix tremblante avec un épice de faux courage, la jeune fille demande doucement :
- Kevin ?

Aucune ponse ne se fait entendre. Sandra n'insiste pas, de toute manière elle ne saurait que lui dire. Pourquoi est-elle venue ici, d'ailleurs ? Il lui aurait demandé, sa bouche serait restée soue, honteuse de n'avoir aucune ponse à offrir.

La demoiselle se retourne et repart mélancoliquement. Elle n'entend que les murmures des murs des maisons grises, solitaires et regroupées comme un troupeau de loups se détestant. Tout dans cet endroit semble avoir été for à être comme ça, comme si personne ne voulait y finir mais qu'il n'y a pas assez de force pour l'en empêcher.

Le sol, du me gris, lui refroidi les pieds de la me façon qu chaque fois qu'elle y marche. Elle aimerait lui dire, pour le calmer, « Je sais que je n'appartient pas ici... » Mais quelque chose au fond d'elle lui murmure que peut-être que le silence d'ici lui plait plus qu'ailleurs...

# Posté le samedi 12 mai 2007 18:29

V - "...les gouttes de pluie tomber sur le trottoir..."

Dimanche matin, Sandra est assise à table chez elle. Elle est seule en face de la grande fenêtre donnant sur le jardin. Les meubles autour d'elle, en bois foncé, contiennent de beaux verres à pieds brillants, des assiettes blanches, parfaites, rangées comme des soldats n'ayant jamais servis à la guerre. Le sol, irréprochablement plat, réside dans toute la maison comme la fierté de ses parents. La table est faite du même bois foncé que tous les autres constituants de la maison, et recouverte d'une fine dentelle blanche etlicate. Elle semble déborder de propreté fausse et méprisante aux yeux de l'adolescente. Sandra remet le regard sur son cahier, blanc comme le tissu en dessous, parfaitement rédigé et comprenant peu de rouge, toujours le même. Elle se fatigue de le regarder et lève les yeux vers la fenêtre.

D
ehors, il pleut. Le gris réside au dessus de l'herbe, hier si verte et impeccable. L'atmosphère dehors est calme, et malgré le silence absolu de la demeure, il semble être plus serein à l'exrieur. Sandra observe les gouttes de pluie tomber sur le trottoir, irrégulièrement et violemment.

Cette vue, pleine de vie, mais triste et silencieuse, Sandra ne devrait pas la regarder. Elle baisse le visage et observe son cahier. La jeune fille ne peut s'empêcher de froncer des sourcils juste un peu, et, les lèvres serrées, elle relève les yeux vers le paysage doux. Penchant la tête d'un côté, inconsciemment, elle met son coude sur le bord la table et tient son visage avec sa main. Endormie dans ce moment, se laissant à peine aller, elle respire l'odeur de la pluie de l'autre té de ce mur. La dentelle sous son bras glisse de peu, mais assez pour lui ouvrir les yeux. La fille baisse la tête, revient à la même image blême de ses feuilles, et se penche, stylo plume à la main. Concentrée sur ses pensées, elle essaie de se convaincre qu'elle est concentrée pour travailler. Pourtant, une image vagabonde dans sa tête, une image familière, un garçon habillé toujours de la même façon, un garçon avec une capuche cachant son visage, un garçon éveillant une lumière sombre en elle, une lumière inquiétante mais peut-être souriante...

# Posté le mardi 15 mai 2007 21:56

Modifié le mercredi 16 mai 2007 20:36